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J’adore quand, sur un trottoir étroit (et à Marseille, entre les crottes de chiens, les ordures et les travaux, ils le sont toujours), une personne pressée vous double et vous bouscule au son de « Excusez-moi »

Car, dans ce « Excusez-moi » qui claque comme une détonation, résonne en fait « tu peux bouger tes fesses et me laisser passer, espèce de cachalot, car j’ai une vie à mener, des royaumes à conquérir, une french manucure avec paillettes à me faire faire, et tu représentes un obstacle vil et répugnant sur le chemin de ma réussite »

J’aime ces moments d’intimité conviviale.

Comme dit Mickael Dundee « des millions de potes qui vivent tous ensemble, ça fait chaud au cœur« 

Afficher l'image en taille réelleAprès mon analyse (brillante) de la gouaille marseillaise, je vais vous livrer mes réflexions sur la ville elle même (attention, chef d’oeuvre).

Tout d’abord, comme dirait un politicien, il ne faut pas généraliser. Illusion d’un melting pot de populations venues de la mer et de la terre, Marseille est en fait une ville codifiée.

Chaque quartier a sa propre identité, créée par les populations qui le façonnent. Un marseillais est d’Endoume ou de Saint Henri. Avant tout. Puis l’argent achève l’édification des frontières invisibles. Au final, seule une touchante dévotion à la Bonne Mère unit les populations. Elle veille sur la ville.

Cette même hiérarchisation se retrouve dans les grandes artères du centre. Les rues de Rome, Saint Ferréol et Paradis sont parallèles : la rue de Rome est la plus populaire, avec ses petites boutiques à 5€, et son ambiance de souk ; la rue Saint Ferréol est la rue typique des centres villes modernes, c’est-à-dire une succession de grandes chaînes et de fast food, sans charme, et pourtant, c’est la seule piétonne ; la rue Paradis aligne les boutiques indépendantes et de luxe. Enfin, en haut de ces rues, le quartier du Prado affiche ses banques et ses immeubles bourgeois, comme au Monopoly, tandis qu’en bas, la Porte d’Aix trône sur un patchwork de boutiques minuscules, de snacks et  d’étals des vendeurs à la sauvette.

Succession de petits quartiers indépendants, Marseille me fait parfois penser à ce petit village de gaulois qui résiste encore et toujours. Car les Marseillais luttent contre tout : les lois, le civisme, la morosité, l’uniformisation, la propreté, la facilité, le politiquement correct, l’hypocrisie, la discrétion, la raison.

 Le geek baille devant ma pauvre analyse. Alors, hop, une anecdote :

Une après-midi de mars. Dans un bus sur le Prado. 2 ados discutent entre eux.

–          Vas-y, tu connais la clinique Machin ?

–          Ben non.

–          Mais tu es allé à la clinique pourtant ?

–          Ca veut pas dire que je connais toutes les cliniques du coin. Je ne suis pas « clinique man », moi.

J’en ris encore.

La gouaille

La Romantique —  22 avril 2010 — 1 Commentaire

Trop facile.

Le geek a juste mis en ligne (ou posté quand on speak le fluent geek) une vidéo, et hop, contribution faite. De surcroit, il peut désormais se targuer d’avoir mis en valeur cette vidéo avant le buzz interplanétaire.

Seul hic pour la Romantique et les autres ignares de son espère (j’aime bien parler de moi à la 3ème personne, ça flatte mon ego), j’ai loupé les ¾ des références aux jeux représentés dans la vidéo. Du temps de ma folle et prime jeunesse (oui, j’ai été jeune, même si je passais déjà la majeure partie de mon temps dans les livres) je n’ai en effet approché une manette que le temps d’une partie de Duck Hunt. Pas la peine de vous décrire le but du jeu, la réponse est contenue dans l’énoncé.

Ainsi donc, le geek fait le choix de la facilité, voire de la fainéantise. Comment répondre ? Quel coup d’éclat pourrait mettre en exergue ma supériorité ?

1 – Parler de Jane Austen ? Trop risqué. Je ne veux pas attirer un lectorat fanatique et complètement évaporé qui brode, fait de la peinture sur galets en expliquant que le célibat est un choix, et que Darcy n’est peut être pas loin,

2 – Evoquer ma vision géopolitique du moment, et la place de l’eau dans les conflits actuels ? Périlleux. Ma réflexion est si fine, si révolutionnaire, que je devrais donner des conférences all over the world, et je n’ai pas le temps (j’ai l’unique saison de Pushing Daisies à visionner)

3 – Faire part de mes colères ? Trop long. Je déteste quasiment tout le monde : ceux qui râlent en attendant le bus, ceux qui disent « voire même », « cents euros » même quand cent est au singulier, « moi personnellement je », j’en passe car je risque d’arracher les touches de mon clavier avec mes dents.

Puis, j’ai su. La gouaille marseillaise. Source intarissable de bons mots et de rires. La gouaille parisienne a suffisamment été illustrée par Audiard et portée par Gabin pour devenir un sujet classique. Et je pense sincèrement que la faconde marseillaise a pris le pas sur sa capitale ancêtre, loin des expressions surannées d’un Pagnol de cartes postales.

La gouaille marseillaise mêle des mots vulgaires « putain, fais chiiiiier », abscons « y a dégun ici », des expressions imagées « autant pisser sur un balai », le tout sur un rythme inégal, parfois accéléré « nonmaisjelecroispastulevoispaslefeuvertespeced’ensuquédemesdeux » ensuite ralenti « à moooooaaaaaa tu me dis ça ? ». Les répétitions sont également de mise afin de souligner l’importance du propos « à moooooaaaaaa tu me dis ça ? à moooooaaaaaa tu me dis ça ? », répétition dont l’effet dramatique est souligné par la sollicitation de témoins extérieurs à l’affaire « tu le crois que lui, il me dit ça ? non mais tu le crois ? », sachant qu’aucune réponse n’est attendue.

Le volume doit être sonore, et inversement proportionnel à l’intérêt de la discussion. De même, le visage valorise, par force mimiques, les paroles, mimées en même temps par des mains dramaturges. Surtout, cette faconde est souvent drôle, et démontre un à propos et une vivacité d’esprit, qui rendent certaines conversations dignes de représentations théâtrales.