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Le début

La Romantique —  15 janvier 2010 — Laisser un commentaire

J’aurais du comprendre que partager la vie d’un informaticien-webmaster-et homme de multimédias serait une succession d’épreuves, d’humiliations, de petits renoncements, et d’infectes trahisons.

Mais j’ai chuté. Irrémédiablement amoureuse.

Cupidon, ce fieffé vendeur, m’a fait signer les yeux fermés un contrat, que dis-je un pacte, avec l’inconnu numérique. Si ce VRP de l’amour avait refourgué des voitures, j’en aurais acheté 6.  Alors que je n’ai pas le permis.

Faisons-fi de ma fierté et de mes métaphores. Reprenons le récit de ma descente dans les méandres obscurs d’une relation placée sous les auspices d’Apple, de Linux et de la PS3.

Bêtement éprise, j’ai souri quand il a installé ses 2 ordinateurs, ses caisses de câbles (qui se mêlent et se reproduisent en nœuds vipérins et obscènes) et ses piles de CD et autres DVD.

Naïve, j’ai accueilli avec bienveillance la livraison trimestrielle de nouveaux lecteurs, baffles et autres boites noires mystérieuses, qui allaient révolutionner  nos soirées cinéma.

Inconsciente du danger, j’ai accepté de visionner des films aussi longs que la guerre de cent ans sur la conquête spatiale et l’édification d’empires mafieux.

Avec un sourire énamouré, j’ai écouté des récits épiques de programmation sans y comprendre goutte. J’ai découvert un vocabulaire inconnu ponctué de .2 (ou 3, ou 4 …), la différence subtile et néanmoins fondamentale entre un nerd et un geek .

Ravie de partager mon espace, j’ai laissé des revues à l’humour abscons et aux articles incompréhensibles, se répandre sur toutes les surfaces planes de l’appartement.

Puis, quand j’ai réalisé que la salle était devenue un show room Apple, la chambre d’amis un dépôt de Surcouf, et mon homme un geek aliéné, il était trop tard.

Mes livres de Zola, Zweig et Austen se battent page à page contre ceux de K. Dick. Mes  adaptations BBC de Jane Eyre se noient dans les Aliens et autres Parrains. Ma décoration d’intérieur est rayée de câbles proliférant le long de cubes métalliques qui clignotent comme R2d2. Mes soirées cinéma censément idylliques, commencent par des bordées de jurons et la vision du postérieur conjugal qui remue dans une mer de branchements, de lumières affolées et d’images hachurées.

J’aime un geek. Et je le paye. Chaque jour.