Philosophie de basse cour

La Romantique —  18 mars 2010 — Laisser un commentaire

Je m’ingénie à citer des auteurs, à élever mes considérations vers des sommets philosophiques, et mon diable de geek balance que je regarde « Moundir cherche une nana ».

Arg. Mon orgueil souffre.

Que faire ? Expier ? Nier ? Me taire ? Assumer crânement ? J’ai rapidement pris la décision la plus noble et la plus honnête : rejeter l’entière responsabilité sur ma copine Virginie. C’est elle, la coupable, la tentatrice, la semeuse de troubles. Texto, les yeux dans les yeux, elle m’a dit « voilà 2 semaines que je tombe sur l’émission avec le mec mal coiffé de Koh Lanta, et franchement, c’est débile à souhait ».

Donc, tout est la faute de Virginie. Et, un soir de zapping bovin, reconnaissant la dite émission, j’ai cédé aux sirènes de la télé poubelle. C’est assez fascinant, ce mélange de vulgarité, de narcissisme, de cruauté. Malgré les errements grammaticaux, les dictions incompréhensibles, les situations grossières, j’ai regardé toute l’émission.

Et soudain, j’ai eu une révélation. J’ai compris pourquoi les émissions françaises copiées-collées des concepts américains étaient ratées. Les émissions US assument leur vacuité, et l’enduisent d’un vernis clinquant, d’un gloss trop scintillant. Et le spectateur français est abusé par ce rêve américain qui perdure, et qui laisse accroire que tout est démesuré aux US. Les émissions de l’Hexagone, issues des mêmes imaginations mercantiles, n’assument pas l’exagération ronflante, et créent un univers toc et trivial. De plus, elles ne bénéficient pas de l’indulgence accordée à l’oncle Tom.

L’émission avec Moundir en est un exemple frappant. Le pauvre barbu est dépassé par ce rôle de séducteur que nul ne pourrait lui reconnaître sans la magie trompeuse des caméras. Il fait le coq à bras, lance des regards censément langoureux, construit des phrases comme des rébus. Mais parfois, un élan de pitié me poussait presque à lui dire de ne pas se fatiguer. Et surtout d’ALLER SE FAIRE COUPER LES CHEVEUX. Je m’égare. Ses acolytes féminines, certainement castées dans les travées d’un centre commercial en faillite, ne relèvent pas le niveau. N’évoquons pas le vocabulaire. Ce serait trop facile. Les tenues semblent sortir tout droit de « Sois vulgaire et crie-le ». Quant au maquillage, il devait y avoir une grande promotion sur le fond de teint et le fard à paupières. Le geek et moi soupçonnons, de plus, une concurrente d’être un homme et avons essayé de distinguer une éventuelle pomme d’Adam. Ce qui serait, avouons –le, un concept tout à fait intéressant.

Je n’ai pas regardé une autre émission de « Tournez Moundir »depuis.

Mais j’attends avec impatience « l’Amour est dans le pré ». Je suis faible.

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