« les parisiens à Marseille »

La Romantique —  8 août 2013 — Laisser un commentaire

Depuis le mois d’avril, des hordes de touristes envahissent la ville. Et malgré ma misanthropie galopante, je trouve cela normal, et plutôt rassurant.

En revanche, je ne supporte plus les parisiens qui, à Marseille, se comportent comme des britanniques du 18ème siècle largués à Calcutta.

A force de les croiser, et comme tout animal méfiant qui se bat pour sa survie, j’ai un instinct très sûr pour repérer « les-parisiens-de-la-capitale » ceux qui pensent qu’il faut un passeport pour pénétrer dans les territoires situés au delà de Lyon.

Signes extérieurs vestimentaires :

– ils portent un chapeau de paille Agnès B. acheté 15 000 €, car « le soleil tape fort ici »  (à Paris, le soleil n’est pas le même, il n’y a pas d’été, c’est bien connu)

– ils ont un tee-shirt (de marque) mais froissé, qui dépasse sur un short en jeans-avec-poches-et-franges-apparentes, des tongs ou des tropéziennes (flambantes neuves), et des sacs en lin ou en chanvre (le stade 1 de la transformation hippie)

– les cheveux sont laissés libres « je suis tellement free dans ma tête que je m’octroie une indépendance capillaire » et les filles n’arrêtent pas de les rabattre de chaque côté de leur visage rougi, en répétant « ppfff, qu’est-ce qu’il fait chaud ici »

Signes extérieurs comportementaux :

– « les-parisiens-de-la-capitale » marchent sur LE trottoir en plein soleil, évité par les autochtones, en trainant des pieds, et en se plaignant de la chaleur « mais en même temps, qu’est-ce que ça fait du bien, on revit« 

– ils choisissent les terrasses placées sous un soleil implacable, et commandent à boire en imitant l’accent marseillais des publicités parisiennes (ou des acteurs de « Plus Belle la Vie », une série qu’ils ne regardent pas, bien entendu)

– quand ils contemplent l’addition vient alors le mojo de ces clichés sur pattes, le fameux « hein? Seulement 4 € la consommation?  Je ne le crois pas ! Sabrina-ma-chérie-, tu entends? C’est là qu’on réalise qu’on n’est pas à PARIS (dit très fort) mais ce n’est pas cher du tout ! C’est donné ! Quand je pense à ce que l’on aurait payé à PARIS (dit encore plus fort) »

la même litanie ressort quand ils achètent des fruits (visiblement, il n’y a pas de primeurs à Paris) ou quand ils font leurs courses dans une supérette (tellement typique la supérette d’une chaîne pourtant mondiale)

 

Bref, je n’aime pas les clichés. Surtout ceux qui viennent jusque dans MON quartier, pendant que j’achète MES fruits. « Mon Dieu, une pastèque ! Ce n’est pas à PARIS qu’on en verrait ! Oh! Des olives ! Allez, on en prend, on pourra se faire un apéro pastis-olives! Trop sympa! » (je n’invente rien hélas) « J’ai du sable plein les cheveux, mais franchement, cette journée à la plage était géniale. On est à 3 heures de PARIS, mais c’est un autre monde, hein? Des tomates ! Elles sont tellement délicieuses ici, plus parfumées… je me demande si on ne pourrait pas s’installer ici ! Super idée, non? Après le travail, on irait tous les soirs à la plage, ça changerait du métro de PARIS« 

A ce moment là, j’ai eu envie de leur parler des prix de l’immobilier marseillais, du métro, du travail qui est ici le même, de leur rappeler les concepts de « niveau de vie  » et « pouvoir d’achat »

Finalement, je me suis dit que cela ne servait à rien, que la journée avait été longue et la hiérarchie pénible, que lundi, les clichés et leurs coups de soleil seraient de retour dans leur T1 parisien hors de prix, qu’ils n’étaient pas aussi chanceux que leur arrogance maladroite voulait nous le faire croire, que certains habitaient certainement en banlieue et se tapaient les trajets en RER, qu’ils ne voyaient pas la mer tous les jours.

Alors, fidèle aux enseignements de Siddhârta, j’ai respiré, et leur ai indiqué une caisse libre.

Cette caisse libre l’est souvent, car la caissière est connue dans tout le quartier comme la harpie la plus revêche de l’arrondissement, celle de la famille des portes de prison russe, celle qui vous foudroie du regard quand vous tendez une carte bancaire, et qui marmonne sans cesse des imprécations (à mon avis, elle déteste les fruits, les légumes, et les gens, et rêve de bosser dans un abattoir)

Je serai réincarnée en pierre.

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