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L’hygiène intellectuelle de la Romantique impose une visite hebdomadaire à la bibliothèque.Parfois, le destin, le WE, la fatalité s’en mêlent, et le Geek doit accompagner la Romantique.

A peine rentrés dans l’enceinte sacrée, le Geek hausse le ton, tandis que la Romantique court partout.
Il l’empêche tout d’abord de se précipiter dans les rayons, et l’oblige à rendre les livres empruntés et déjà lus. La Romantique essuie quelques larmes et tente de garder son livre-préféré-du-jour. Mais le Geek est inflexible et la laisse se rouler par terre. Il vérifie la liste, puis l’accompagne dans les rayons.

La Romantique trottine, s’arrête, revient en arrière, court, s’immobilise brutalement, puis repart entre les livres et les étagères. Le Geek s’assied au rayon BD, et attend tranquillement le résultat de la quête infinie de la boulimique littéraire qu’il a la faiblesse d’aimer.

La Romantique le rejoint, puis repart se perdre dans les rayons. Elle revient vers lui, pose sa veste, et fille dans la direction opposée. Au bout de nombreux allers-retours, elle s’affale dans le siège voisin. 

 

La Romantique sollicitant l'emprunt d'un 16ème livre

La Romantique sollicitant l’emprunt d’un 16ème livre

Le Geek achève tranquillement sa BD puis compte les livres. 32 volumes (pour un poids total de 26 kilos) ont ainsi été sélectionnés. Sèchement, il rappelle à la Romantique qu’elle ne peut en emprunter que 15. S’ensuivent les habituelles crises de larmes, chantages, et menaces de la Romantique. L’atroce sélection est effectuée, grâce à un bibliothécaire compréhensif qui enlève les livres un par un de l’étreinte désespérée de la Romantique. Un autre membre du personnel offre un verre d’eau au Geek en lui expliquant que la route de la désintoxication littéraire est longue, et qu’il doit tenir, être fort.

Finalement, 12 livres sont empruntés, et le Geek se démonte l’épaule en soulevant le sac de la Romantique, qui ignore sa grimace de douleur puisqu’elle a commencé à lire…

Le Geek a trouvé un nouveau moyen de mener son épouse aux confins de la folie et de l’hystérie (ce garçon est plein de ressources)
J’ai nommé : la domotique.

La Romantique regarde Jane Eyre (la dernière version, avec Michael Fassbender) en regrettant que la scène de l’escalier se déroule désormais dans un salon. Mais il faut savoir vivre avec son temps, alors elle se montre forte.

A l’autre extrémité du canapé, le Geek tripote son nouveau smartphone qui ne le quitte plus depuis 1 semaine (il n’est pas encore sevré)
Quand soudain, la télévision s’éteint.

La Romantique (bouleversée) : Mais …
Le Geek (débordant de fierté) : Tu as vu? Tu as vu?
La Romantique (glaciale) : Non, justement, je ne vois plus rien.
Le Geek (inconscient du changement de températures) : J’ai éteint la TV avec mon smartphone. Ca fonctionne ! C’est impressionnant, non?
La Romantique (doucereuse) : Tu sais qui est la femme de Rochester?
Le Geek (un peu inquiet) : La folle cachée dans le grenier du chateau?
La Romantique (menacante) : Dans 2 minutes, si MON film n’a pas repris, tu regretteras de ne pas pouvoir m’enfermer.
Le Geek (déjà indifférent) : C’est sûr. Ca surprend. Mais c’est génial non? Et, je peux aussi allumer la radio (avec un air de petit malin) Tu sais que nous n’avons pas de grenier
La Romantique (en train de chercher un objet lourd et contendant) : Je regardais Jane Eyre, et je me retrouve à écouter « les Démons de minuit »
Le Geek (ralant) : Ca va, regarde, hop, je te le remets ton film… ah non, ca a coupé le DVD, du coup je retombe sur la TV… « Ils m’entrainent au bout de la nuit » alors alors… on pourra faire des blagues avec ça… ne me regarde pas comme ça, je te dis que je vais faire réapparaitre Rochester… « J’aime cette fille, sur talons aiguilles qui se déhanche » c’est quand même plus drôle de tout résoudre depuis mon smartphone? Non?

Ai-je l'air d'aimer la domotique?

Ai-je l’air d’aimer la domotique?

 Il y eut d’autres tests, d’autres regards noirs et d’autres échanges aigres-doux. Au nom du progrès et de la modernité.

Et aussi pour remplacer les télécommandes qui, grâce aux efforts répétés de la Romantique, volent parfois … mais pas longtemps.

 

Puisque le soleil daigne enfin s’installer, les habitudes estivales vont reprendre. Et, à Marseille, le pique-nique sur la plage est un moment incontournable.Le 1er été suivant leur installation à Marseille, le Geek et la Romantique ont donc été invités à un pique-nique, sur une petite plage au bout de la Corniche.

Ignorant le drame en train de se nouer, ils ont donc rejoint une joyeuse bande de collègues, qui, dans la petite crique, prenait déjà la place d’un porte-conteneurs.

Or, pour les marseillais, un pique-nique est tout simplement un repas translaté sur un plage.

Et, pour ce premier pique-nique, le Geek et la Romantique avaient apporté, en tout et pour tout :

– 2 sandwiches,

– 1 bouteille d’eau,

– 1 kilo de fruits,

– 2 serviettes de bain.

Depuis ce moment de solitude, le Geek et la Romantique organisent chaque pique-nique sur la plage comme une campagne militaire exigeante.

Demenagement 1876

Avant de partir à la plage, tu es sûr qu’on a bien pris le saucisson?

Quand les marseillais débarquent sur la plage, ils délimitent tout d’abord le terrain afin de le privatiser. Ils utilisent pour ce faire, la 20aine de sacs qu’ils ont transportés. Ils posent ensuite les plaids, serviettes (les vieilles, celles qui ne sèchent plus le corps après le bain) et autres nattes. Une fois le patchwork de sol achevé, c’est l’heure de la baignade. Les corps se tortillent pour mettre les maillots, les hommes plongent dans l’eau en 1 minute, les femmes se font une queue de cheval, vérifient l’ordonnancement du maillot « Mon Dieu que je l’aime ce maillot, il date de la saison dernière, mais je l’aime trop, hein? En revanche, ce que j’ai grossi. Malheur. Mais je n’ai pas de volonté en ce moment. » Puis elles s’approchent de l’eau comme si les vagues étaient porteuses d’un dangereux virus. Au bout de 15 minutes d’atermoiements, et de considérations sur la froideur des éléments, elles esquissent une première brasse et hurlent menaces et imprécations quand les hommes font semblant de vouloir les couler. Puis le plaisir de la baignade prend le pas sur toute autre considération. Et l’on se surprend à faire la planche en comptant les secondes de calme surnaturel.

Au sortir de l’eau, les hommes se changent rapidement, et commencent à fouiner dans les sacs pour trouver de la nourriture. Pendant que leurs maris retournent à l’ère préhistoriques, les femmes se sèchent (avec des serviettes épaisses et aussi larges que 2 semis remorques), puis, piochant dans l’énorme sac « beauté et accessoire », s’enduisent de crèmes hydratantes, avant de se peigner, non sans avoir préparé le démêlage avec des gels « réparateurs cheveux » qui éviteront le desséchement capillaire du à la salinité de la mer. 

Tout le monde passe ensuite à l’organisation et à la présentation du menu. Chacun annonce les plats apportés, comme dans une criée gourmande. L’un fouille dans le sac apéro, et en sort les gâteaux (faits maison), les olives, et une petite poubelle de table pour les détritus. L’autre fourrage dans la glacière à boissons et en extirpe de l’alcool et des jus de fruits. Les glaçons sont égrenés dans un joli seau, accordé aux saladiers des chips. Ensuite, vexé et désolé, le marseillais réalise qu’il a oublié le saucisson. Il râle, et, en compagnie de son épouse, renverse tous les sacs de provisions afin de vérifier si par hasard, il n’aurait pas mis le saucisson dans le sac à desserts. Les autres convives ont beau expliquer que les kilos de roulés à la saucisse suffiraient à nourrir un pays en famine, la vexation est tenace.

Pendant ce temps, les enfants courent et tentent d’échapper aux emplâtres maternels de crème solaire. Ils s’ébattent, plongent, reviennent boire, se sécher, piquer une tomate et défaire l’ordonnancement du festin en cours de préparation.

Commence ensuite le repas proprement dit. Chaque couple de marseillais dispose sur le sol bigarré : salades et viandes froides, quiches, légumes en bâtonnets accompagnés de sauces diverses, pains de campagne, aux céréales et baguettes, cornichons, moutarde, des chips de toutes les tailles et de tous les assaisonnements. Bien évidemment, le rosé reste au frais dans un sac prévu à cet effet. Et il y des citrons pour accompagner les sodas.

Les desserts recouvrent ensuite la nappe de plage. Tartes, fruits, gâteaux se côtoient, comme lors d’un concours de pâtisserie. Le thermos de café circule. Un paquet de bonbons de 1.5 kg est pillé.

Les vagues grignotent le soleil, puis l’avalent. Avant que la nuit et la mer se confondent, les plus courageux se baignent une dernière fois. Les enfants se lovent dans les serviettes et condescendent aux calins. Autour de la plage, les lampadaires s’allument, comme pour signifier le retour à la réalité, la fin du film.

 

 

Un magasin de vêtements. La Romantique et sa cousine baguenaudent, tandis que le Geek erre dans les rayons, avec sur le visage, l’expression de celui qui cherche à mettre fin à une existence devenue insupportable.

En effet, si le Geek a pénétré dans un magasin de vêtements c’est uniquement parce que :

–          il pleut,

–          nulle boutique de jeux ou de BD ne se trouve à proximité.

 

La Romantique : J’aime bien ce pantalon violet.

La cousine : Oui, la couleur est assez originale.

Le Geek (modèle de tolérance) : Il faut aimer le style de « la petite maison dans la prairie »

 

La cousine : Oh ! Des chaussettes en pilou-pilou !

La Romantique : Elles doivent être chaudes.

Le Geek (péremptoire) : Non, ce n’est pas possible.

Les filles le regardent, interloquées.

Le Geek (doctoral) : D’abord, on dit pilou, et non pilou-pilou. Ensuite, je vais vous livrer une part infinitésimale de la vérité sur le mystère masculin. Et cette révélation est simple : pas de pilou.

La Romantique (ironique) : Mais, enfin …

Le Geek (impassible) : Pas de pilou.

La cousine (regardant les chaussettes avec envie) : … c’est confortable

Le Geek (spectral) : Les hommes en ont décidé ainsi.

La Romantique (goguenarde) : Tu ne trouves pas ta réaction exagérée ?

Le Geek (catégorique) : Le pilou est un « tue-l’amour ». Je me devais de vous en informer.

 

Les filles n’ont rien acheté.

On ne sait jamais.

Le Geek vous présente le mal absolu.

Le Geek : Tiens, il y a un film qui sort sur l’addiction sexuelle « Shame »

La Romantique (tolérante) : Pff, encore un sujet graveleux et racoleur.

Le Geek (perfide) : C’est avec Michael Fassbender.

Cet acteur a accédé au statut de demi-Dieu depuis qu’il a incarné Rochester, si le nom de Rochester ne vous dit rien, vous êtes prié de quitter ce blog

La Romantique (de mauvaise foi) : Ah, euh, c’est peut être un film plus subtil qu’il n’y parait. Tu dis que c’est le même réalisateur que « Hunger » ? Il est possible que ce film soit intéressant. Car si je me souviens bien, ce type a un style, une vision …

Le Geek : Et ton brusque changement d’opinion cinéphile n’est pas dû à la possibilité, que dis-je, la certitude, de voir le dit Fassbender tout nu ?

La Romantique : Oh lala, tu as vu l’heure ? Je vais rater mon bus si je continue cette conversation futile.

 

O tempora O mores

La Romantique —  22 novembre 2011 — 1 Commentaire

Dans une rue ensoleillée :

oh,  mademoiselle, en vérité, vous êtes charmante !

sur le ton chantant de l’accent marseillais,

La donzelle ne répondant pas, l’ambiance « Pagnol » disparait soudainement,

ouais, c’est ça, casse-toi, hé boudin.

La beauté est décidément éphémère.

Ce soir, il y a « Pekin Express ».

C’est joli, Pékin

Et je ne le regarderai pas.

C’est vrai que « Pékin Express » sur le continent africain, cela peut surprendre. Mais la TV réalité ne va pas s’arrêter à de vulgaires considérations géographiques.

Non. Le pire est ailleurs.

Un de mes amis a expliqué qu’il trouvait indécent un programme qui base le divertissement sur l’exploitation des plus défavorisés. Les candidats, pour gagner 100 000€,  demandent en effet l’hospitalité à des gens qui n’ont rien, ou presque, sur l’air du « ils sont pauvres mais qu’est-ce qu’ils sont généreux«   

Tout cela pour divertir des spectateurs repus, bien assis dans leurs salons douillets. Et pour enrichir des producteurs qui pensent qu’il faut un passeport et des vaccins pour quitter Paris.

Bon. Certes.

Toussotement géné.

Voilà : je ne peux plus regarder Pékin Express.

A cause d’un supposé « ami ». Un moralisateur pervers en fait. Un ami se gave de saucisson avec vous, en critiquant les programmes TV. Il ne gâche pas vos soirées de coma intellectuel. Depuis quand les amis élèvent votre esprit, et vous incitent à la réflexion?

Pourvu qu’il ne trouve rien à redire sur « L’amour est dans le pré ». 

L’ angoisse.

Suite à mon article d’une intellectualité sans failles, sur Jane Eyre, j’ai été victime d’une cabale moqueuse.

D’aucuns ont demandé si Russel Crowe (habillé en Gladiator) jouait dans Jane Eyre, puis, devant la négative, ont annoncé qu’ils préféreraient regarder « Fast and Furious 5 ». Le Geek a abondé dans leur sens.

D’autres se sont enquis de la taille de la poitrine de l’héroïne, conseillant même au réalisateur d’intégrer une scène de baignade nue afin d’attirer les spectateurs masculins. Le Geek a proposé Angélina Jolie dans le rôle titre.

Enfin, l’un d’eux a remis en cause l’intégrité morale de Jane Eyre ! Il a dit qu’elle n’était « qu’une fille au pair qui profite lâchement du désarroi d’un homme marié en pleine hyper-rétention glandulaire aiguë, pour le faire sombrer dans la luxure ; alors que son seul charme à elle, est d’être la seule femme disponible ! » Enfin, il a sonné l’hallali par un affreux « Oui, rétablissons la vérité, Jane Eyre est l’histoire d’une opportuniste moche qui séduit un pauvre homme égaré en manque d’affection ! »

A la lecture de cet acte ultime de traitrise, le Geek a hurlé de rire tandis que je convulsais. Le drame se nouait.

Avant de retourner pleurer, j’ai tenu à préciser à un Geek hilare que Rochester avait à sa disposition toutes les jeunes filles bien nées de la région, et qu’il avait même eu des maitresses. Ce à quoi il m’a répondu « Tu te rends bien compte que Rochester et Jane Eyre n’ont jamais existé, n’est-ce pas ? »

Solitude.

Charlotte Bronte, ma seule amie

J’adore quand, sur un trottoir étroit (et à Marseille, entre les crottes de chiens, les ordures et les travaux, ils le sont toujours), une personne pressée vous double et vous bouscule au son de « Excusez-moi »

Car, dans ce « Excusez-moi » qui claque comme une détonation, résonne en fait « tu peux bouger tes fesses et me laisser passer, espèce de cachalot, car j’ai une vie à mener, des royaumes à conquérir, une french manucure avec paillettes à me faire faire, et tu représentes un obstacle vil et répugnant sur le chemin de ma réussite »

J’aime ces moments d’intimité conviviale.

Comme dit Mickael Dundee « des millions de potes qui vivent tous ensemble, ça fait chaud au cœur« 

Ce dossier est une plaie. Sa seule existence représente une incessante tourmente. Il est gros, inintéressant. Et plus je lui tourne autour, plus la situation empire.

Mais je n’ai aucune envie de m’y attaquer. Ne serait-ce qu’ouvrir la pochette où il se terre, est une épopée que je refuse de commencer.

Je sais. La procrastination, c’est mal. Travailler plus pour gagner plus. Ne jamais remettre au lendemain. Mon éducation judéo chrétienne. Je renie tous mes principes. Mais je n’ai pas envie.

Bon, allez, je m’y mets. Je me lance. Un appel téléphonique. Demain. Promis.

Le dossier trône sur mon bureau. Je me rembrunis à sa vue. Je m’attaque à des dossiers moins urgents. Puis je lui fais sa fête. Lundi. Je serai déjà de mauvaise humeur. Un peu plus, un peu moins.

Je finis le tri de mon bureau avant de partir 3 semaines en vacances d’été. Et il est encore là. Gros et infatué de sa personne. Je l’avais oublié. Je n’ai pas le temps. Mais à la rentrée, je m’y attèle.

Je finis de raconter mes vacances en faisant le point de mes mails et des courriers. Puis je me concentre sur ce dossier. Ce retard ne me ressemble pas. Je suis une fille consciencieuse. Je suis certaine que tout ira mieux une fois que j’en serais débarrassée. En même temps, si la hiérarchie ne me le réclame pas, c’est que l’urgence est relative. En lui tenant tête, à cet amas de problèmes juridiques sur papier, je fais preuve d’héroïsme, finalement.

Le dossier a gagné. Le directeur le veut demain.

Pourquoi moi ?